La leçon de pédagogie de François Couperin (1)

François Couperin, dit « Couperin le Grand » (1668-1733), représentant émérite de la grande école de clavecin française de la fin du XVIIè et du début du XVIIIè siècle, organiste et compositeur, nous a livré un précieux témoignage sur la musique de son époque : l’Art de toucher le clavecin.

Publié en 1716, soit un an après la mort de Louis XIV, ce traité qui explicite avec précision les subtilités de l’interprétation du clavecin à la période baroque nous livre également les astuces pédagogiques du compositeur, qui fut par ailleurs un professeur très recherché à la cour du Roi Soleil.

C’est ainsi qu’à la page 12 du traité, Couperin nous explique la manière avec laquelle il initie les jeunes élèves à l’instrument qu’il se devait d’enseigner à la noblesse de l’époque :

On devrait ne commencer à montrer la tablature aux enfants qu’après qu’ils ont une certaine quantité de pièces dans les mains. Il est presqu’impossible qu’en regardant leur livre, les doigts ne se dérangent. et ne se contorsionnent que les agréments même n’en soient altérés; d’ailleurs la mémoire se forme beaucoup mieux en apprenant par coeur.

Couperin nous donne une véritable leçon de pédagogie, d’une modernité tout à fait déconcertante lorsque l’on pense qu’elle fut rédigée il y a près de trois siècles !

Couperin recommande très concrètement de faire apprendre un certain nombre de pièces par coeur aux débutants, sans la partition, afin qu’ils puissent se concentrer sur les difficultés techniques et la musicalité. La partition ne viendra que plus tard.

De nos jours, « l’écrit » pour des raisons qui sont en partie légitimes, au rang desquelles se trouve l’ambition de diffuser et de démocratiser la musique, a de fait totalement supplanté « l’oral » dans la transmission de la musique classique. Pourtant, en matière de pédagogie, l’oralité est une démarche qui a fait ses preuves, quelles que soient les époques ou les cultures, naturellement parce que les enfants apprennent dans un premier temps à parler, par imitation, puis enfin ils apprennent à lire et écrire.

En vérité cette réflexion de Couperin nous montre bien que les pratiques musicales anciennes se rapprochent singulièrement plus de nos « musiques actuelles » que des musiques qui nous sont parvenues depuis la fin du XIXè siècle.

L’enjeu ici est de donner à l’écrit la juste place qui lui revient dans le processus d’apprentissage. Le bon sens pédagogique commande de se rallier au conseil de Couperin, puisque comme il l’écrit, la mémoire, si importante en musique, se forme beaucoup mieux en apprenant par coeur !

Pour aller plus loin :

article de Wikipedia sur François Couperin

L’Art de toucher le clavecin page 12

L’Art de toucher le clavecin (1716), visible et téléchargeable depuis le site Gallica (BNF)

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