Doigtés guitaristiques et combinatoire : de la contrainte à la liberté !

La guitare est un instrument qui a une particularité assez peu relevée : le nombre quasi infini de combinaisons de doigtés par morceau ! Cela n’est pas sans conséquences au niveau de l’étude de l’instrument, conséquences que l’on pourra considérer comme limitantes ou bien au contraire facteurs de liberté.

Cet aspect est en partie vrai pour de nombreux instruments, mais plus encore pour la guitare. Avant toute discussion, il peut être amusant de procéder à un petit calcul pour mieux comprendre cette singularité…

Faisant abstraction du cas particulier des cordes à vide, posons que chaque note peut être jouée par chacun des quatre doigts à la main gauche (doigt 1, 2, 3 ou 4).

Par ailleurs, chacune de ces notes peut être jouée par chacun des quatre doigts de la main droite : pouce, index, majeur ou annulaire.

Cela donne pour chaque note 4 X 4 =16 possibilités de doigtés.

Considérant qu’une simple note puisse être jouée à deux emplacements sur le manche, hormis cinq notes, les basses de la 6è corde du mi jusqu’au sol dièse (en fait il y a souvent trois ou quatre possibilités, trois à partir du ré quatrième corde, quatre à partir du sol 3è corde), nous retiendrons qu’une simple note peut être a minima doigtée de 16 X 2 manières, en combinant les doigtés et les différentes positions sur la manche. Ce total de 32 est porté à 48 pour la majorité des notes, notamment celles du registre aigu.

Les choses se compliquent lorsque l’on veut calculer le nombre de combinaisons de doigtés lorsque l’on enchaîne deux notes. Conservons le chiffre de 32 possibilités par note, nous avons donc 32²  soit 1024 combinaisons.

Pour 3 notes, nous aurons 32³ soit 32768 combinaisons possibles.

Pour n notes, nous aurons 32 puissance n combinaisons, ce qui devient tout à fait considérable au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de notes dans un morceau. Pour la première phrase d’au clair de la lune nous aurions ainsi plus de 36 millions de milliards de possibilités !

Arrivés à ce niveau, nous devons évidemment nous rendre compte que ces calculs ne reflètent pas ce que le guitariste vit en pratique, et qu’il est important d’intégrer le concept de doigtés privilégiés. En effet, certaines règles plus ou moins strictes, certains usages ou conventions viendront drastiquement limiter le nombre de combinaisons possibles : règle du non-redoublement des doigts à la main droite, choix de la cohérence sonore, de la facilité technique limitant les déplacements etc.

Il n’en demeure pas moins que pour chaque passage, le nombre de doigtés possibles reste considérable, et que le musicien est en permanence en situation d’arbitrer et d’arrêter des choix en fonction de critères techniques et musicaux.

Cela a bien évidemment plusieurs conséquences sur le plan pédagogique, et j’en retiendrai trois principales.

La première est que le guitariste en situation d’apprendre une nouvelle pièce doit être en permanence conscient des choix de doigtés, qui devront ensuite être mémorisés avec soin, au risque de voir sa mémoire défaillir lorsqu’une situation déstabilisante se produira : fatigue, trac etc. C’est l’aspect contraignant de cette profusion de combinaisons possibles.

La deuxième est que le guitariste en situation de déchiffrage devra avoir une capacité à faire des choix très rapidement, ce qui implique une connaissance du manche sans faille, et une grande virtuosité de l’oeil pour lire très en avance.

La troisième est que cette profusion de doigtés possibles permet une adaptabilité maximale de l’instrument pour chaque guitariste, chacun pouvant faire faire valoir sa morphologie, comme sa personnalité, son goût et son inventivité dans ses choix. C’était à son niveau l’option de Debussy de ne pas indiquer de doigtés dans ses douze Études pour piano.

Malgré toutes les contraintes imposées par cette combinatoire, il faut bien reconnaître que cet espace de liberté est un aspect extrêmement séduisant de la guitare. Le musicien qui est prêt à payer le prix de la contrainte y trouvera finalement cette liberté qui explique en partie du moins l’attachement particulier du guitariste à son instrument.

Une réflexion sur “Doigtés guitaristiques et combinatoire : de la contrainte à la liberté !

  1. Pingback: la répétition dans le processus de mémorisation | Guitare et pédagogie, le blog de Mathieu de Person

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