Le travail mental, pourquoi, comment ?

cerveau 2Le psychisme humain, thème d’études aussi passionnantes qu’inépuisables pour l’homme – en tant qu’objet comme en tant que sujet -, semble une terra incognita insondable pour le musicien qui se livre à une introspection sérieuse.

En effet, tantôt victime de son psychisme lors d’une prestation publique dans laquelle se manifestent inopportunément oublis et trous de mémoire, il est également parfois le bénéficiaire d’une énergie insoupçonnée aux moments d’inspiration qui lui permettent de se surpasser ou de faire preuve d’une créativité tout à fait inhabituelle.

Si certes il semblerait inconcevable d’envisager une maîtrise absolue de son psychisme (et d’ailleurs, serait-ce souhaitable ?), le musicien n’est pas condamné à en subir passivement les mouvements incontrôlables. Il possède en lui en effet une capacité à retourner cette force formidable dans une direction favorable, à la manière du judoka.

J’aborderai ici le psychisme dans sa dimension cognitive, en relation avec l’apprentissage. Le psychisme va autoriser la mise au point et l’utilisation d’un outil absolument indispensable pour tout musicien qui souhaite dépasser ses limites en matière de mémoire, de concentration et de créativité.

L’idée de base est que tout acte conscient, réel ou imaginaire, crée dans le psychisme une image mentale de cet acte. En termes mathématiques, on pourrait faire le rapprochement avec une bijection. Cette image mentale, dont l’existence peut être vérifiée par chacun, va ainsi permettre l’utilisation de l’outil tout à fait prodigieux qu’est le travail mental sans l’instrument.

Par un travail spécifique, l’artiste va réussir à maîtriser son imagerie mentale, apprendre à affiner son utilisation pour s’en servir de manière productive et créatrice. Cet outil établira alors en quelque sorte le pont entre le conscient et l’inconscient, et se trouvera alors dans la logique même de l’acte artistique.

 Phénoménologie de l’imagerie mentale

Le rêveur qui en phase de sommeil paradoxal vit avec précision une situation donnée, le compositeur qui sur sa table note les sons qu’il entend mentalement pour sa symphonie, le peintre qui dans son atelier reproduit les images vues lors de son séjour à la campagne, le skieur de haut niveau qui s’imagine maîtrisant parfaitement son parcours, tous expérimentent, et parfois de manière créative, l’imagerie mentale.

Ces images, visuelles, sensitives ou sonores, peuvent être si précises qu’elles semblent réelles. Le terme d’hallucination n’est alors pas trop fort.

Cerveau humain, scanner en 3D

Cerveau humain,
scanner en 3D

 Des applications concrètes

L’aptitude à évoquer volontairement ces images sera un atout considérable pour le musicien.

Très concrètement, le travail mental lui permettra :

  • de poser un diagnostic fiable sur sa maîtrise d’une pièce, notamment sur le plan de la mémoire
  • de travailler son morceau mentalement afin de l’améliorer hors instrument
  • de se visualiser en train d’accomplir avec succès une action désirée, comme un concert

Un outil à développer

Le travail mental est un travail à part entière qui demande de l’entrainement. Cet outil doit être affiné, jusqu’à la maîtrise consciente la plus complète. Le musicien qui maîtrise sa pièce est capable ainsi de se la rejouer mentalement de manière très précise, notamment au niveau du son, des sensations et de la conscience des doigtés des deux mains.

Parfois, le musicien expert se surprend à travailler mentalement son répertoire, comme si son inconscient faisait le travail de manière autonome. Ce faisant, il réalise une fusion créatrice entre le travail conscient et le travail inconscient.

L’élève en situation d’apprentissage devra, lui, être guidé par un professeur confirmé qui lui fera expérimenter progressivement ce mode de fonctionnement. En débutant par le mime par exemple, et en perfectionnant son écoute intérieure à l’aide d’exercices spécifiques, il permettra à l’élève de prendre conscience de sa capacité à évoquer des images mentales sonores, visuelles et kinésthésiques, et à les rendre de plus en plus précises. Enfin il lui apprendra à se servir de ces images afin de perfectionner son jeu technique et sa mémorisation des pièces.

Sur le long terme, la maîtrise de ces pratiques favorisera chez l’élève l’émergence d’une créativité nouvelle, qui l’amènera par exemple à découvrir seul des  doigtés originaux, ou l’incitera à développer sa pratique instrumentale dans une direction personnelle.

Nous détaillerons dans d’autres articles à venir ce travail mental, en explicitant avec précision les différents gestes qu’il recouvre et les techniques qui permettent d’optimiser ces outils indispensables pour le musicien.

Pour aller plus loin :

Michel Ricquier, l’utilisation de vos ressources intérieures, Billaudot, Paris

Richard Bandler et John Grinder, les secrets de la communication, Le jour éditeurs, Québec

Divers auteurs, Pratique pédagogique de la gestion mentale, Retz, Paris

J. H. Schultz, le training autogène, PUF, Paris

liens vers la bibliographie

6 réflexions sur “Le travail mental, pourquoi, comment ?

  1. Pingback: la répétition dans le processus de mémorisation | Guitare et pédagogie, le blog de Mathieu de Person

  2. Pingback: Mémoriser efficacement une partition : quatre étapes incontournables | Guitare et pédagogie, le blog de Mathieu de Person

  3. Pingback: Apprentissage d’une nouvelle partition : soyez stratège | Guitare et pédagogie, le blog de Mathieu de Person

  4. très intéressant : l’inspiration, ou le travail du rêve, de l’inconscient, et le travail de l’instrument avec le mental et le corporel proches de certaines techniques hypnotiques qui accentue la précision et les autres ressources comme l’attention, l’énergie, la mémoire… etc ;

  5. Je souhaite ajouter à la bibliographie déjà citée , un livre plus spécifique écrit par Eduardo Fernandez : « Technique-Mechanism-Learning , An investigation into becoming a guitarist  » aux éditions Mel Bay (langues : anglais, espagnol). Ce livre évoque les phénomènes psycho-neuromoteurs concourant à l’apprentissage et s’arrête juste avant d’établir formellement qu’on peut apprendre à les reconnaître et donc …à les mobiliser. Il va sans dire que rien ne se fait sans travail. Notre cerveau prend l’habitude de choses à faire et les mémorise, encore faut-il que nous fassions quelque chose. Ainsi Eduardo rassure les apprentis soucieux sur la question de la virtuosité : c’est à la portée de tous mais faut-il encore faire scrupuleusement ce qu’il convient de faire

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